lundi 8 juin 2009

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lundi 20 octobre 2008

Le capitalisme et sa “morale”

En ces temps difficiles pour un système qui ne devait sa légitimité qu’au repoussoir collectiviste, certains de mes amis se tiennent bien sagement à équidistance du capitalisme et du socialisme, quand ils ne se risquent pas à espérer en une hypothétique moralisation du capitalisme.

Le capitalisme est tout ce que l’on veut (“on n’a rien inventé de mieux”, nous assurent les théologiens du marché), mais il n’a que faire des grands principes philosophiques qui omettraient de légitimer ou de servir la dictature du profit, la rapacité marchande, la “morale” froide de l’intérêt si bien décrite par le bon père Marx.

Il arrive cependant que la sainte trinité du capitalisme global (OMC, FMI et Banque mondiale) se surprenne à vouloir moraliser les grandes institutions régulatrices mondiales. Après l’ancien président de la Banque mondiale, c’est au tour du nouveau directeur du FMI de subir les foudres des marchands puritains. Au moment même où la crise systémique risque de faire imploser le capitalisme, la respectable institution diligente une enquête concernant les frasques sexuelles supposées de son directeur, DSK.

De par sa mythologie du développement, le FMI a une responsabilité écrasante dans la destructuration des économies de subsistance, particulièrement en Afrique, où des centaines de millions de personnes souffrent de malnutrition (voir le récent rapport du FAO à ce sujet). Avec la crise financière, les risques de famines à grande échelle s’accroissent. L’éthique du capitalisme n’en a que faire. La libido de nos grands régulateurs semble bien plus importante.

Il n’est pas réaliste de croire que le capitalisme est éternel. Il n’est certes pas d’alternative politique crédible à ce système. Il suffirait simplement de lui ôter son masque, de mesurer une fois pour toutes non pas l’horreur, mais l’imposture économique, avant de changer radicalement de paradigme.

La raréfaction des ressources, la maîtrise de nos besoins et la réappropriation de nos imaginaires culturels ou spirituels sont des ennemis bien plus redoutables, pour le capitalisme, que les systèmes liberticides du passé qui n’avaient même pas l’excuse d’être aussi efficaces que le capitalisme.

La crise n’est pas financière. L’argent ne vaut que par la valeur subjective que nous accordons aux biens matériels (à bien réfléchir, tout ce qui a un prix n’a que peu de prix).

La crise est dans l’homme. Il suffirait juste de démonétiser l’imposture. Et de changer d’époque.

dimanche 31 août 2008

Il n’est pas de progrès heureux

Passer de l’Europe des États-nations, des marchands et des banquiers à l’Europe des peuples, des régions et des citoyens nécessitera une génération de caractères forts, capables de résister aux diktats des maîtres du moment.

Le fédéralisme doit donc se penser autrement que comme un syndicat de défense de l’Union européenne, certes injustement accusée de tous les maux (dérivatif bien commode), mais fidèle reflet au niveau continental des obsessions usurocratiques de notre époque.

Le fédéralisme se doit de porter une critique globale de notre société: une société moderne “à irresponsabilité illimitée”, qui fait fi des générations futures. Il est fréquent de limiter le fédéralisme à des questions institutionnelles - les naïfs qui s’enferment dans une démarche aussi réductrice s’étonnent par la suite du peu de succès, tout du moins en France, que rencontre le fédéralisme. Mais le fédéralisme est avant tout une révolte contre toutes les formes de massification, de normalisation, de centralisation et de concentration.

Entassement urbain, concentration démographique, désordre écologique, défiguration technocratique des territoires, dictature des monopoles/oligopoles économiques, confiscation oligarchique des trois pouvoirs étatiques, fonctionnements verticaux et pyramidaux dans tous les domaines: le fédéralisme, par son choix de l’union dans la diversité (contre le désordre et l’uniformité), est à mon sens la critique la plus virulente contre toute forme de concentration et de “pouvoir anonyme”. Pour paraphraser Maurras, dont les choix nationalistes hexagonaux et autoritaires furent en totale incohérence avec son amour de la liberté et de la provincialité, le fédéralisme défend les pays réels et les humains réels contre la Mégamachine légale (la globalisation marchande et ses relais institutionnels).

Quelques universitaires, dignes disciples de Jean Bodin et des “grands ancêtres” du Panthéon, n’hésitent pas à classer le fédéralisme parmi les pensées les plus conservatrices. L’intuition de ces “têtes chercheuses”, rémunérées par un État demeuré jacobin, si elle est malveillante et peu scientifique dans la démarche, n’est pas nécessairement erronée, pourvu que l’on veuille bien redéfinir ce concept (plutôt disqualifiant, à gauche comme à droite). Le conservatisme est un mot qui commence mal, mais les régimes progressistes furent des réalités qui ont toujours mal fini.

La conservation frileuse de positions sociales privilégiées ou de traditions figées et désuètes n'est pas le conservatisme, au sens germanique ou anglo-saxon (avant que les Tories ne deviennent des Whigs...). Le conservatisme, idéologie de préservation, est fondamentalement une idéologie d’affirmation de la complexité du vivant, des différences culturelles, de la vie (mouvante, par essence), des écosystèmes, face aux adeptes de la reductio ad unum. Dans cette perspective, le mythe du Progrès est perçu comme la plus grande escroquerie intellectuelle de l’histoire humaine.

Non seulement il ne peut y avoir de progrès linéaire (idée aujourd’hui communément admise), mais le progrès (technique, économique, scientifique) n’a à mon sens aucune valeur en soi. Il est pourtant difficile de se défaire de cette idée absurde ancrée en nous depuis le début de l’ère moderne: le progrès serait synonyme de “mieux-être” global. L’idée selon laquelle toute avancée technique, scientifique ou, pire, toute phase de croissance économique, produirait mécaniquement un saut qualitatif sur les plans ontologique et civilisationnels, ne peut conduire qu’à de sérieux malentendus et à de graves déconvenues.

Le Progrès, c’est aussi Hiroshima, l’eugénisme positif, l’obésité pathologique des Occidentaux, le réchauffement climatique, l’appauvrissement de la biodiversité, davantage de nuisances, davantage de phénomènes d’aliénation et d’addiction. Le Progrès, hissé au rang d’un mythe, est la Mégabroyeuse sans âme décrite dans nombre de romans de science-fiction. La modernité, tant vantée en une époque particulièrement nombriliste, est née avec l’arme à feu. Il s’agit davantage qu’un symbole. De la part du socialisme, ce fut une grave erreur mêlée d’ingéniosité que de s’être laissé contaminer par la rhétorique progressiste de la classe dominante. Les adeptes du capitalisme global peuvent à bon droit traiter leurs adversaires de conservateurs.

En affirmant cela, il n’est pas dans mes intentions de me ranger au rang des “conservateurs” proclamés (encore moins des “néoconservateurs” yankees), ni des réactionnaires poussiéreux (quoique je goûte mieux la poussière des incunables que tous ces virus mutants échappés des laboratoires). Comme George Orwell, qui se qualifiait d’anarchiste tory, je suis allergique à toute forme de centralisation (que celle-ci soit d’ordre politique ou économique) et hostile tant à la globalisation marchande qu’au modèle de l’État-nation.

Je ne pourrais me reconnaître que dans une gauche ayant largement accompli le deuil de ses vieilles lunes progressistes. En abandonnant ses réflexes inquisiteurs, cette nouvelle gauche pourrait affirmer bien haut que la préservation de la vie sur Terre passe avant toutes choses par la désacralisation du Progrès en tant que mythologie moderne. Ce serait de sa part un changement total de paradigme et de culture politique, qui assurerait une alternative crédible au système en vogue.